- 25 juin 2025
L’art de nommer ses adversaires, les surnoms comme stratégie de positionnement
- Gabriel Baude
- RHÉTORIQUE
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Quand Donald Trump traite Hillary Clinton de “Crooked Hillary”, il ne cherche pas juste à faire sourire ses partisans. Il agit comme un marketeur politique. Il sculpte un cadre mental dans lequel son adversaire devient indéfendable, et lui incontournable.
En politique, nommer, c’est positionner.
Nommer pour définir (avant que l’autre ne le fasse)
En politique, le combat commence souvent avant même les idées. Il commence par la manière dont on désigne les choses et les personnes. Le pouvoir de nommer, c’est le pouvoir d’assigner une identité.
👉 Appeler un adversaire “extrême”, c’est faire de lui une menace.
👉 L’appeler “modéré”, c’est parfois l’amenuiser.
👉 Le renommer, c’est l’encadrer – au sens de framing en psychologie politique.
C’est exactement ce qu’a compris Nicolas Sarkozy lorsqu’il répétait “la gauche c’est l’immobilisme”.
Ou ce qu’a fait Jean-Luc Mélenchon en surnommant Emmanuel Macron “le président des riches”.
Nommer, c’est imposer un récit.
Trois fonctions stratégiques du surnom politique
1. Marquer l’adversaire : Un bon surnom agit comme une tâche indélébile. Il fixe dans la tête une idée simple, mémorisable, clivante.
→ “Sleepy Joe” pour Biden.
→ “Marine la banquière” pour Le Pen (tentative de Mélenchon en 2017).
Même si le surnom est de mauvaise foi, il laisse une trace, parce qu’il simplifie et affecte.
2. Imposer le cadre du débat : En baptisant un adversaire, on choisit le terrain. Ce n’est plus un débat d’idées, c’est une bataille d’étiquettes.
→ Le RN parle de “gauche islamo-gauchiste” : il amalgame deux peurs
3. Rallier son camp : Un surnom n’est jamais neutre. Il active une émotion partagée : moquerie, rejet, colère. Il crée une affiliation identitaire. C’est un cri de ralliement.
→ Quand Mélenchon parle des “macronistes”, il ne décrit pas, il accuse.
Les risques : caricature, contre-feu, effet boomerang
Mais attention : mal nommer, c’est se décrédibiliser. Un surnom forcé ou incompris peut paraître méprisant, sectaire, voire abscons. Surnommer un adversaire, c’est toujours prendre un risque de polarisation excessive. Et quand le surnom est perçu comme injuste, il peut renforcer l’adversaire en le victimisant. C’est l’effet boomerang : “On s’acharne sur lui, c’est donc qu’il dérange.”
Autre danger : être captif de ses propres surnoms. Si tout devient slogan, le fond du discours peut s’évaporer.
L’enseignement pour les campagnes locales
Tu es candidat·e aux municipales ? Colistier·e ? Militant·e ?
Tu n’es pas obligé·e de faire du Trump pour faire du marketing politique. Mais tu dois comprendre ceci :Celui qui nomme les autres, définit le jeu. Celui qui se laisse nommer, le subit. Tu peux choisir de ne pas ridiculiser, mais tu ne peux pas ne pas cadrer.
Même dans une campagne locale, il y a un avantage stratégique à :
Appeler l’équipe sortante “la vieille équipe” ou “les installés”
Nommer les concurrents comme “la droite dure”, “la technostructure”, “les invisibles de la république”
Se présenter soi-même par contraste : “le terrain”, “la relève”, “les citoyens aux manettes”
C’est une grammaire implicite. Et tout le monde la parle, même ceux qui disent “ne pas faire de politique”.
À retenir
1. Les surnoms ne sont pas des blagues. Ce sont des armes de cadrage.
2. Ils fonctionnent s’ils sont simples, mémorables, congruents avec un récit.
3. Ils doivent toujours s’inscrire dans une stratégie de positionnement, pas dans une simple réaction émotionnelle.
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